Pour bien commencer l’année, choisissez un endroit calme, branchez un bon casque, cliquez ici… et commencez par prendre votre temps pour recevoir cette audiocarte offerte par La Fabrique Sonore, laboratoire de recherche et transmission de la compagnie Décor Sonore.

Quel rapport entre la stéréo, l’imprimerie, la photo et les clichés ? Étonnez vos amis !
L’effet « binaural » ou « stéréo » est accidentellement découvert dès 1881 par Clément Ader avec son Théâtrophone : des paires de transmetteurs (on ne dit pas encore microphone) dont il est l’inventeur sont disposés de chaque côté du trou du souffleur sur la scène de l’opéra, et reliés directement à des paires d’écouteurs mis à disposition des visiteurs de l’Exposition universelle, deux kilomètres plus loin. L’effet est saisissant. Il ravit les auditeurs, comme l’atteste cet article du 17 septembre :
« Tous ceux qui ont assisté aux expériences ont remarqué un phénomène particulier auquel on pourrait donner le nom de « perspective auditive ». (…) Les impressions reçues par l’oreille droite ne sont pas les mêmes que celles reçues par l’oreille gauche, de là la sensation de relief produite par ces auditions inégales. C’est un effet identique par rapport à l’ouïe à celui des stéréoscopes par rapport à la vue »

En effet la stéréoscopie ou image en relief est déjà très répandue dans les années 1880. « Stéréoscopie » est dérivé de stéréotype, terme d’imprimerie qui, tout comme cliché, désigne l’empreinte en relief qui permet de reproduire à l’identique les pages d’un livre ou d’un journal. Stéréotype va prendre ensuite le sens de « préjugé », « idée toute faite » (comme les stéréotypes de genre par exemple), tandis que cliché va d’abord s’employer pour toute photo prise avec un appareil, puis pour parler d’une image, idée ou formule tellement reproduite et répétée qu’elle en est devenue banale et usée.
Dans les années 1950, lorsque la technologie et l’industrie commencent à démocratiser le « son en relief » sur les disques et la radio FM, c’est assez naturellement que stéréophonie est adopté, par analogie à stéréoscopie. Les procédés de prise de son stéréophonique se sont multipliés avec d’innombrables variantes, chacune avec ses propres qualités et raisons d’être.


L’un des plus simples et efficaces consiste à placer deux micros au creux des oreilles d’une tête de mannequin ou d’une boule de taille similaire, comme des « tympans électroniques ». C’est ce qu’on a appelé « tête artificielle » (dummy head pour les ingénieurs anglophones, Kunstkopf de l’autre côté du Rhin) puis récemment « son binaural », qui désigne aujourd’hui généralement une production destinée à l’écoute au casque.
Toute l’équipe aurait aimé vous souhaiter une année pleine de licornes, d’arcs-en-ciel ou de pâtisseries, et pourquoi pas de paix, d’harmonie, d’intelligence, de justice et de beauté tant qu’on y est.
Mais puisque nous sommes bien réveillés, nous vous souhaitons de conserver la force de ne pas vous résigner, de résister aux stéréotypes et aux clichés, et de rire de temps en temps quand même ; et nous vous offrons ce petit moment de détente culturelle, avec amour et sincérité.



